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Les pianistes se sont approprié les concertos pour clavier de Johann Sebastian Bach : il faut connaître en tout cas le « 1er », en ré mineur, et chercher parmi les « Concertos brandebourgeois », le « 5e », qui propose de grands solos. Par contre, ils ne se sont guère intéressés à ceux de Carl Philipp Emanuel Bach, restés propriétés des clavecinistes et guère plus à l’admirable corpus laissé par Johann Christian Bach, qui anticipe puis complète les vingt-sept concertos de Mozart.
Mozart a émancipé le genre, ses concertos reflètent bien souvent l’univers débridé de ses opéras et il y traite le clavier avec un lyrisme qui ne trompe pas. Il faut les connaître tous, mais vous pouvez débuter par les nos 9, 17, 19, 20, 21, 22, 24 et 25. Beethoven avoue encore sa dette envers Mozart dans ses deux premiers concertos, mais à compter du « 3e » il aborde à des rivages plus symphoniques qui prennent des couleurs dramatiques dans le « 4e », et rayonnent d’un énergie inextinguible dans le plus célèbre de la série, le « 5e “L’Empereur” ». L’autre compositeur assurant le lien entre classicisme et romantisme reste Johann Nepomuk Hummel : écoutez les « 3e » et « 4e Concertos ».
Avec l’avènement du romantisme, les virtuoses s’emparèrent du concerto, s’écrivant des œuvres manifestes : les deux concertos de Liszt, aux mouvements enchaînés, développent un processus narratif que l’on retrouve également dans des pièces de style libre : « Danse macabre », « Fantaisie hongroise », « Malédiction », ou dans l’arrangement surprenant qu’il a réalisé de la « Wanderer Fantaisie » de Schubert. Chopin reste, lui, dans le moule classique des trois mouvements ; aux effets virtuoses du « 1er Concerto » s’oppose le lyrisme plus secret du « 2e », alors que la « Krakowiak » ou l’« Andante spianato et Grande Polonaise » célèbrent les danses nationales. Il faut connaître le « Konzerstück » de Carl Maria von Weber, œuvre manifeste du piano concertant romantique, et poursuivre avec ses deux concertos pour piano, aussi brillants mais plus imaginatifs que ceux, seulement véloces, de Felix Mendelssohn.
C’est Robert Schumann qui écrira le concerto romantique par excellence avec son « Concerto en la mineur », auquel Edvard Grieg apportera un équivalent pour le romantisme tardif : les deux œuvres sont souvent couplées au disque, elles partagent du reste la même tonalité sinon la même couleur. Tchaïkovski a écrit trois concertos. Le « 1er » est un tube absolu – et mérité – du répertoire, mais il faut aussi connaître le « 2e », avec son mouvement lent chambriste et son final caracolant. En réponse aux concertos de Chopin, celui d’Alexandre Scriabine sera uniment lyrique, d’une poésie indélébile, avant que le Russe ne déploye un piano visionnaire dans son « Prométhée ».
Johannes Brahms élargira la forme concertante, se souvenant du geste impérieux de Beethoven dans « L’Empereur », et écrira deux concertos symphoniques d’une puissance de geste inouïe : le sombre « 1er » contraste avec le « 2e », plus bucolique. En France, César Franck tournera le dos à la forme concertante classique avec ses « Variations symphoniques », alors que Camille Saint-Saëns écrira cinq concertos de facture néoclassique : le « 2e », qui va de Bach à Offenbach, et le « 5e », avec ses harmonies étranges, vous séduiront.
Fauré délivrera une « Ballade » subtile, à l’atmosphère prégnante, dont Claude Debussy se souviendra dans sa « Fantaisie », alors que Vincent d’Indy suivra une autre voie avec sa roborative « Symphonie cévenole ». Mais le génie du piano concertant français éclate vraiment avec les deux concertos de Ravel, le lumineux et jazzy « Concerto en sol », en trois mouvements, ne semblant avouer dans un premier temps aucun lien de parenté avec le ténébreux « Concerto pour la main gauche », coulé d’une seule traite. Serge Rachmaninov a laissé cinq partitions touchées par un absolu génie : quatre concertos et les fameuses « Variations Paganini ». Il faut toutes les connaître. Si Gershwin est passé à la postérité par sa fameuse « Rhapsody in blue », appropriation transcendante du jazz, il ne faut pas négliger son « Concerto en fa », œuvre ambitieuse et en tous points réussie. Toujours au XXe siècle, Bela Bartok proposa deux premiers concertos « bruitistes » et anguleux, où l’instrument est poussé dans ses derniers retranchements « percussifs », avant de délivrer son génie lyrique dans l’admirable et très mozartien « 3e Concerto ».
Prokofiev gardera une certaine distance avec ce radicalisme dans ses cinq concertos admirablement composés, où le piano assume son rôle de soliste mais participe aussi pleinement au spectre de couleurs de l’orchestre : commencez par le « 3e », puis poursuivez par le « 2e ». Cette fusion de l’orchestre et du piano au sein d’une structure concertante, Bohuslav Martinu la poussera encore plus loin avec son « 4e Concerto “Incantation” », ou Florent Schmitt avec sa « Symphonie concertante », une tentation récurrente qui aboutira en 1946 à la fabuleuse « Turangalîla-Symphonie » d’Olivier Messiaen.
BACH Johann Sebastian (1685 - 1750)
BARTOK Bela (1881 - 1945)
BEETHOVEN Ludwig van (1770 - 1827)
BRAHMS Johannes (1833 - 1897)
CHOPIN Frédéric (1810 - 1849)
GERSHWIN George (1898 - 1937)
GRIEG Edvard (1843 - 1907)
LISZT Franz (1811 - 1886)
MESSIAEN Olivier (1908 - 1992)
MOZART Wolfgang Amadeus (1756 - 1791)
PROKOFIEV Serge (1891 - 1953)
RACHMANINOV Serge (1873 - 1943)
RAVEL Maurice (1875 - 1937)
SAINT-SAENS Camille (1835 - 1921)
SCHUMANN Robert (1810 - 1856)
TCHAÏKOVSKI Piotr Ilyitch (1840 - 1893)
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