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Romantisme allemand. Pléonasme. Et il est vrai que l’impulsion du romantisme est venue d’Allemagne, d’abord par la littérature déduite de la dernière période de Goethe : Novalis, Hoffmann, Hölderlin, Jean Paul sont les héros, d’acceptations très diverses, du mouvement romantique, allant d’un sentimentalisme bucolique jusqu’à un certain fantastique noir. En musique, les choses sont plus égales, Beethoven est à la fois le père du romantisme et celui d’une certaine modernité musicale, tout en restant inféodé aux formes classiques : sa « Symphonie pastorale » ou les « Sonates pour piano n° 17 “La Tempête” » et « n° 21“Waldstein” » sont les meilleurs exemples de cette intrusion de sentiments nouveaux dans son œuvre, liés toujours à une fascination pour la nature.
Le premier musicien absolument romantique reste Carl Maria von Weber : son « Freischütz » est l’alpha de l’opéra romantique, bien plus que le « Fidelio » de Beethoven. Ses deux concertos pour clarinette, ses ouvertures d’opéra (« Freischütz », « Oberon », « Euryanthe »), ses deux symphonies, ses magnifiques et méconnues sonates pour piano (écoutez surtout la « 2e » ) forment un ensemble cohérent où se définit un style.
C’est pourtant à Vienne que Franz Schubert donna au romantisme l’élan décisif : toute son œuvre est abreuvée aux sources des premières manifestations du mouvement, en commençant par ses Lieder : écoutez « Marguerite au rouet » (« Gretchen am Spinrad »), « Le Roi des aulnes » (« Erlkönig ») ou « Le Pâtre sur le rocher » (« Der Hirt auf dem Felsen ») pour vous en convaincre. Les œuvres de la fin de sa vie versent du côté d’un certain romantisme noir où le sentiment de la mort est comme exacerbé : les « Sonates pour piano D. 959 » et « D. 960 », les trois « Klavierstücke » posthumes, la « Symphonie inachevée », le « Quatuor “La jeune fille et la mort” », les deux « Trios avec piano », le grand « Quintette à deux violoncelles » sont les exemples majeurs de ce style qui fascina Schumann.
Felix Mendelssohn introduira dans ce romantisme une touche de classicisme : ses modèles littéraires sont plutôt Shakespeare (dont il a déduit son œuvre la plus célèbre, « Le Songe d’une nuit d’été ») que ses contemporains. Voyageur impénitent, et aquarelliste remarquable à ses heures, on lui doit des portraits musicaux saisissants : ainsi la « 3e Symphonie » ou l’ouverture « La Grotte de Fingal » capturent l’atmosphère des lochs écossais, alors que la « 4e Symphonie “Italienne” » évoque avec un art irrésistible les paysages ultramontains. Son « 2e Concerto pour violon » est le modèle parfait du discours émotionnel vers quoi le romantisme veut faire tendre cette forme. Le « Concerto pour piano » de Schumann est son alter ego. Robert Schumann a capturé plus que tout autre compositeur de son temps l’esprit littéraire du romantisme, d’abord et avant tout dans ses œuvres pour piano : « Kreisleriana » fait effectivement référence à Hoffmann, mais aussi bien la « Fantaisie », le « Carnaval », les « Fantasiestücke », les « Scènes de la forêt », les « Scènes d’enfants », les deux cycles méconnus que sont les « Novelettes » et les « Bunte Blätter », jusqu’aux « Chants de l’aube » (« Gesänge der Frühe ») qui semblent traduire en musique les paysages désolés de Caspar David Friedrich. Toutes ces partitions forment le cœur du romantisme musical, incarné par l’instrument qui en sera le parangon : le piano.
Chopin s’appuiera quasiment sur le seul piano pour créer une œuvre qui elle aussi demeure synonyme de romantisme : ses « Ballades », ses « Nocturnes », ses « Préludes » sont le sommet d’un art narratif, presque littéraire, qui s’oppose au romantisme plus soucieux de revendication nationaliste des « Mazurkas » ou des « Polonaises ».
Franz Liszt participa aussi à cette floraison du piano romantique, illustrant le thème du voyage avec ses splendides « Années de pèlerinage » (la première en Suisse, les deux suivantes en Italie), mais retraçant encore la fascination littéraire de son temps pour l’œuvre du Dante avec la sonate « Après une lecture de Dante », fascination qui produira également une « Dante Symphonie », sœur de la plus célèbre « Faust Symphonie », où le héros de Goethe est maquillé avec les préoccupations du romantisme. C’est dans la forme détournée de la sonate, que Liszt envisage comme un processus cyclique, qu’il produit l’un des chefs-d’œuvre absolus du romantisme : la « Sonate en si mineur ». Au piano toujours, les « Etudes d’exécution transcendante », les « Harmonies poétiques et religieuses », les « Rhapsodies hongroises » ou le cycle curieux des « Méphisto-Valses » montrent autant de visages différents du romantisme. Enfin, Liszt fut le créateur du poème symphonique, une forme libre qui suit la trame littéraire d’un récit, l’illustre : les célèbres « Préludes », mais aussi « Mazeppa », « Prométhée » ou « Tasso, lamento e trionfo » sont les meilleurs exemples de cet art.
Le romantisme s’est cristallisé à l’opéra, en Italie dans l’âge d’or du bel canto, dont les meilleurs exemples sont la « Lucia di Lammermoor » de Donizetti, « Norma », « La Somnambule » et « Les Puritains » de Bellini (un proche de Chopin), « La Donna del lago » (« La Dame du lac ») de Rossini, mais surtout en Allemagne, où Wagner a sublimé dans « Le Vaisseau fantôme » et dans « Tristan et Isolde » la fascination des romantiques pour l’amour intimement lié à la mort. Un des héros absolus du romantisme fut français : Hector Berlioz a dépeint la folie de l’artiste romantique dans sa « Symphonie fantastique », mais ce n’est pas sa seule œuvre emblématique : son « Harold en Italie » traduit à merveille l’atmosphère des récits de Byron. Il va chercher chez Shakespeare les œuvres qui annoncent le plus clairement le romantisme, et en déduira son chef-d’œuvre absolu, « Roméo et Juliette », où son orchestre est souvent visionnaire de la musique du futur. Les ouvertures sont nourries aux drames littéraires de son temps (« Ruy Blas », « Le Corsaire », « Waverley ») ou illustrent le goût de l’époque pour l’exotisme italien (« Le Carnaval romain », « Benvenuto Cellini »). Enfin, sa passion pour « L’Enéide » de Virgile a produit un opéra absolument romantique, « Les Troyens », qu’on croirait tout droit sorti de l’atelier de David – fascination qu’illustre aussi Cherubini avec sa très sombre « Médée ». Cette « revisitation » d’une certaine antiquité est un point de cristallisation du romantisme, autant que le sera le personnage du Faust de Goethe qui inspirera à Berlioz sa « Damnation de Faust », œuvre géniale qui explose les canons formels du temps, et à Charles Gounod son « Faust », le modèle de l’opéra romantique français auquel il faut ajouter son « Roméo et Juliette ».
Avec Tchaïkovski, la Russie a produit une perle noire du romantisme : sa « Symphonie “Pathétique” », ses poèmes symphoniques « Roméo et Juliette » et « Francesca da Rimini », ses opéras « Eugène Onegin » et surtout « La Dame de pique » montrent un univers toujours prêt de basculer dans la folie. En Europe centrale, le romantisme est indissociable des préoccupations nationalistes, particulièrement en Tchéquie, où Smetana célèbre son pays dans le cycle « Ma patrie » – écoutez tout particulièrement “La Moldau”, description du fleuve qui berce Prague – et Dvorak fait la part belle aux mélodies populaires, même lorsqu’il est nommé directeur du Conservatoire de New York : sa « Symphonie “Du Nouveau Monde” » poursuit sur les thèmes amérindiens le travail d’ethnomusicologue entrepris dans les « Danses slaves ».
Le terme du romantisme est sonné par Johannes Brahms, qui en avait recueilli l’esprit des mains de son mentor, Robert Schumann. Même si la « Rhapsodie pour contralto », la sombre « 1re Symphonie », le vaste maelström du « 1er Concerto pour piano » sont indubitablement immergés dans le romantisme, un certain goût de la forme classique, un regard soutenu vers les compositeurs de l’ère baroque, une dispersion savante et souvent dissimulée de la tonalité, démasquée par Schoenberg, indiquent que Brahms est le pont entre romantisme et modernité, s’articulant sur le concept fuyant de postromantisme mais le dépassant.
BEETHOVEN Ludwig van (1770 - 1827)
BELLINI Vincenzo (1801 - 1835)
BERLIOZ Hector (1803 - 1869)
BRAHMS Johannes (1833 - 1897)
CHOPIN Frédéric (1810 - 1849)
DONIZETTI Gaetano (1797 - 1848)
DVORAK Antonin (1841 - 1904)
GOUNOD Charles (1818 - 1893)
LISZT Franz (1811 - 1886)
MENDELSSOHN-BARTHOLDY Félix (1809 - 1847)
SCHUBERT Franz (1797 - 1828)
SCHUMANN Robert (1810 - 1856)
SMETANA Bedrich (1824 - 1884)
TCHAÏKOVSKI Piotr Ilyitch (1840 - 1893)
WAGNER Richard (1813 - 1883)
WEBER Carl Maria von (1786 - 1826)
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