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Lorsque le violon apparaît au cours du XVIe siècle, il est encore relié à la pratique de la musique populaire. Ce n’est qu’au XVIIe siècle que les progrès techniques de l’instrument lui permettent de s’opposer à un petit orchestre, initiant ainsi une production de partitions concertantes, principalement en Italie où se développent, en parallèle, des ateliers de facteurs prestigieux (Guarneri, Stradivarius). Les Vénitiens sont à l’origine d’une école florissante qui, à l’orée du XVIIIe siècle, ouvre l’âge d’or du violon : Tartini et surtout Vivaldi, avec ses emblématiques « Quatre Saisons », furent des virtuoses de l’instrument qui accrurent les possibilités techniques du jeu des violonistes et repoussèrent les limites du violon. Bach tira les leçons de l’invention de Vivaldi et l’on peut écrire que ses concertos pour un ou deux violons sont en grande partie décalqués sur ceux du Vénitien.
Mozart changea radicalement la donne en créant cinq « Concertos pour violon » inspirés par la technique trempée apprise auprès de son père, Léopold, un virtuose consommé de l’instrument. Mozart a introduit un élément dramatique, narratif presque, dans l’écriture de la partie soliste, qui allait émanciper le violon concertant du seul souci de l’illustration musicale ou de la démonstration virtuose. Cette nouvelle orientation allait perdurer au travers des grands concertos préromantiques de Ludwig Spohr (1794-1859), l’équivalent en recherche poétique et en virtuosité expressive des concertos que Weber destina parallèlement à la clarinette : son ouvrage le plus remarquable est le huitième de la série, dit « Gesangszene », qui combine forme et esprit concertants.
En Italie, Paganini repris l’héritage de la grande école nationale, y infusant son caractère fantasque et sa virtuosité incendiaire, repoussant les limites de l’instrument et créant un nouveau style plus proche du monde de l’opéra – le bel canto triomphe en Europe – et voulant rivaliser avec les concertos supra virtuoses des grands pianistes de l’époque. Le « Concerto n° 2 “La Campanella” » – un thème que Liszt reprit et paraphrasa – témoigne de cette nouvelle orientation, qui pourtant ne fera pas école.
En Autriche, dès 1806, l’instrument avait abordé à d’autres rives d’où il rayonnera tout au long du romantisme. C’est alors que Franz Clement créa à Vienne le « Concerto pour violon » de Beethoven, partition extrêmement vaste, aux amples cadences, où le violon s’émancipe du souci virtuose. Elle ouvre des voies nouvelles, qui seront suivies avec une relative parcimonie par Mendelssohn (son « 2e Concerto pour violon » de 1844 atteint au sommet de l’imaginaire romantique), par Robert Schumann, qui renoue avec le style du concerto narratif et dramatique d’un Spohr, par Max Bruch avec ses œuvres chargées de connotations nationalistes (« Fantaisie écossaise », « Concertos nos 1 et 3 »), et enfin par Johannes Brahms, dont l’ample « Concerto op. 77 » (1878) retrouve le degré d’inspiration et l’importance historique de l’œuvre de Beethoven. Derrière cette efflorescence de la sphère germanique, se cache l’archet d’un virtuose et surtout d’un musicien hors normes, Joseph Joachim, que l’on peut considérer comme le premier violoniste soliste mettant son art tout entier au service d’autres compositeurs. Joachim suscita encore une partition d’importance, qu’il ne créa jamais : le « Concerto op. 53 » d’Antonin Dvorak (1880), qui allait inaugurer, après les « hungarismes » de celui de Brahms – Joachim était d’ascendance magyare – la mode des « concertos nationalistes ». La même année, Piotr Ilyitch Tchaïkovski donnait son unique « Concerto pour violon » dont l’évidence mélodique allait assurer l’inusable popularité – et ce malgré une création viennoise désastreuse : là encore les arrière-plans populaires des mélodies mises en œuvre soulignent bien l’essence typiquement russe de l’œuvre.
En France, Edouard Lalo allait apporter une pointe d’exotisme avec sa « Symphonie espagnole » (1873) à laquelle Saint-Saëns répondrait par la coupe classique de trois concertos magnifiquement ouvragés (le « 1er » a été écrit dès 1859, les suivants en 1858 – édité en 1879 – et 1880) et l’imaginaire débridé de pièces concertantes sensualistes (« Havanaise », « Introduction et Rondo capriccioso »). Un autre violoniste d’exception, qui se doublait d’un compositeur de premier ordre, influença toute la nouvelle musique de la sphère française : la haute stature d’Eugène Ysaye inspira contre toute attente plus de partitions chambristes que d’œuvres concertantes, sinon le splendide et mystérieux « Poème » d’Ernest Chausson (1896).
C’est en Finlande que naît le premier concerto du XXe siècle : celui, atypique – sorte de vaste scène lyrique en trois parties – de Jean Sibelius (1905). Glazounov achèvera l’ère romantique avec un brillant concerto lyrique (1904) alors que six ans plus tard, Elgar initiera avec son vaste « Concerto en si mineur » toute une tradition britannique : Bax, Scott, Vaughan Williams, Morean, Walton, Britten illustreront cette veine à la fois lyrique et démonstrative. En 1911, Carl Nielsen écrira un concerto atypique, colérique, violent, demeuré unique. C’est pour Pavel Kochansky et son jeu de chanterelle si poétique que Karol Szymanowski composera ses deux splendides concertos, le premier encore pris dans les rêves orientalisants de ses années 1910, le second tout empli du folklore des Tatras (1933). Pour Pavel Kochansky, Prokofiev écrira également son « 1er Concerto pour violon » (1917), plus libre, plus poétique que le « 2e » (1935). C’est également la veine folklorique que Bartok célèbre dans ses deux « Rhapsodies pour violon et orchestre » (1928), une inspiration qu’il sublimera dans les musiques populaires imaginaires qui tissent son fabuleux « 2e Concerto pour violon » (1938), le chef-d’œuvre du genre au XXe siècle.
Entre-temps, Maurice Ravel avait quant à lui fantasmé ses Balkans avec une pièce ironique faisant la nique aux violonistes virtuoses qui pullulaient dans les cabarets russes de Paris, son électrique et un rien horlogère « Tzigane » (1924). Alors que Schoenberg s’apprête à donner le premier concerto dodécaphonique en 1936, Berg compose une œuvre emblématique du genre au XXe siècle, avec son « Concerto à la mémoire d’un ange », vaste déploration qui marie le caractère mélodique de l’instrument avec une écriture abolissant la tonalité. En réponse à ces musiques venues d’une autre planète, l’autre grand concerto des années trente, motoriste et néoclassique en diable, est bien entendu celui d’Igor Stravinsky (1932). Dans l’Union soviétique d’alors se révélait un virtuose majeur, doublé d’un musicien exceptionnel et d’une personnalité charismatique : David Oïstrakh. C’est son archet qui inspirera les deux concertos de Chostakovitch : il faut entendre le vaste « 1er » (1948) comme un témoignage sur l’horreur du régime stalinien.
BACH Johann Sebastian (1685 - 1750)
BEETHOVEN Ludwig van (1770 - 1827)
BRAHMS Johannes (1833 - 1897)
CHOSTAKOVITCH Dimitri (1906 - 1975)
LALO Edouard (1823 - 1892)
MENDELSSOHN-BARTHOLDY Félix (1809 - 1847)
MOZART Wolfgang Amadeus (1756 - 1791)
PAGANINI Niccolo (1782 - 1840)
PROKOFIEV Serge (1891 - 1953)
RAVEL Maurice (1875 - 1937)
SAINT-SAENS Camille (1835 - 1921)
SIBELIUS Jean (1865 - 1957)
STRAVINSKY Igor (1882 - 1971)
TCHAÏKOVSKI Piotr Ilyitch (1840 - 1893)
VIVALDI Antonio (1678 - 1741)
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